Ce bon sauvage venu du Canada ne ressemble à personne. C'est un Huron qui parle le français et subjugue ces dames. On le surnomme l'Ingénu car il ignore beaucoup, dit naïvement ce qu'il pense comme il fait tout ce qu'il veut... Belle liberté que cette franchise ! Comment ! On l'empêche de " marier " sa jolie marraine sous prétexte de religion ! Quoi ! Un jaloux l'embastille après qu'il a sauvé une province ! Drôle de pays que cette France... Les femmes y succombent par vertu, les philosophes croupissent en prison, et les puissants décident en dépit du bon sens... L'homme aux quarante écus fait le même constat. Sa maigre fortune est encore amputée de taxes absurdes tandis que les plus riches en sont exonérés. Ainsi, la nation s'appauvrit tandis que certains s'enrichissent. La raison, décidément, voyage à petite journée... Voltaire, dans ces contes, en est le colporteur...
Voltaire offre ici une belle critique de la société religieuse à travers la simplicité de son Huron, en nous proposant une double interprétation du monde. C’est joliment écrit, joliment abordé et très intéressant si l’on prend la peine d’analyser. Comme la réputation de Voltaire n’est plus à faire, remarquons quand même que le volume du livre est tout à fait adéquat car on ne tiendrait pas sur 300 pages. Tout est condensé et donc très vite dit, l’action s’enchaîne sans temps mort et c’est très bien. On s’ennuie parfois un peu avec 40 pages, avec plus ce serait l’enfer. Enfin, incontournable classique de Voltaire quand même, avec obligation de lecture. =)