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Asterios
Résumé
David Mazzucchelli signe avec Asterios Polyp un retour fracassant à la bande dessinée à travers un récit de vie qui subjugue autant par son propos que par son traitement narratif et graphique.
Attention, chef-duvre ! Certes, voilà un mot trop souvent galvaudé et de nature à faire naître une méfiance bien compréhensible chez le lecteur... Et pourtant, dans le cas dAsterios Polyp, il ne semble pas souffrir la contestation. Cet album marque le grand retour à la BD de David Mazzucchelli, auteur de titres majeurs comme Big Man ou Cité de verre, adaptation remarquée du roman de Paul Auster. Venu au 9e Art par lintermédiaire des comics de super-héros on lui doit notamment une très belle version de Batman écrite par Frank Miller -, il sorientera au bout de quelques années vers des récits à la tonalité plus « littéraire » tout en poursuivant une carrière denseignant de bande dessinée. Dans Asterios Polyp, il raconte le destin contrarié dun professeur darchitecture considéré par tous comme brillant, mais qui naura jamais rien construit de sa vie un « architecte de papier », en quelque sorte, renommé pour la qualité intellectuelle de ses plans mais dont aucun naura donné le jour à une véritable construction. Volontiers cassant vis-à-vis de ses contemporains, imbu de sa personne et persuadé davoir toujours raison, Asterios Polyp fête dune triste manière ses cinquante ans : le jour de son anniversaire, son appartement et tous les souvenirs quil contient sont détruits par un incendie. Il décide alors de réunir les quelques dollars quil a pu sauver du désastre pour prendre le bus et partir au hasard, avant déchouer dans une petite ville où il simprovise mécanicien. Puis il repartira sur les routes, non sans avoir radicalement changé dans le regard quil porte sur ses semblables et dans son rapport à lautre. En soi, la destinée dAsterios na rien dexceptionnel. Cette histoire pourrait nêtre rien dautre quun récit de vie de plus, au terme duquel le personnage principal se défait de ses préjugés et de son complexe de supériorité pour shumaniser et souvrir à ses contemporains. Mais, outre la sympathie que lon éprouve pour Asterios et pour les autres protagonistes de cet album, cest le traitement narratif et graphique de Mazzucchelli qui nous fascine et qui fait dAsterios Polyp une bande dessinée singulière, dont on peut prédire quelle remportera de nombreux Prix dans les mois qui viennent. Mazzucchelli joue en orfèvre de toutes les potentialités du langage de la bande dessinée. Le récit est mené du point de vue dIgnazio, le frère jumeau dAsterios mort à la naissance. Il enchaîne avec le plus grand naturel les flashbacks, usant de couleurs différenciées pour distinguer les différentes époques de lhistoire, se débarrassant de la contrainte formelle de la case et du cadre de la planche pour construire sa narration en toute liberté, multipliant les solutions graphiques comme autant dastuces pour mettre en scène la variété de situations proposées. Mais cette grande richesse graphique - et cest là tout le talent de Mazzucchelli - napparaît jamais comme purement gratuite et « esthétisante » : au contraire, elle nest là que pour servir le processus de narration et guider le lecteur à travers les méandres du récit. Asterios Polyp ne relève ni de lexpérimentation ni de leffet facile : cette bande dessinée reste avant tout captivante par sa matière humaine, par le destin singulier dun homme qui se débarrasse peu à peu de ses vieux oripeaux pour renaître à la vie et porter un regard neuf sur son entourage. Et puis, ce qui ne gâte rien, le livre est un objet somptueux. Un véritable festival de couleurs et de lettrages qui enchantent lil, servi dans un superbe écrin qui en fait un authentique beau livre à ranger sur une étagère pour mieux le caresser du regard avant de le relire, comme il nous y invite par la richesse de son propos et de son traitement. Bref, un authentique chef-duvre
Attention, chef-duvre ! Certes, voilà un mot trop souvent galvaudé et de nature à faire naître une méfiance bien compréhensible chez le lecteur... Et pourtant, dans le cas dAsterios Polyp, il ne semble pas souffrir la contestation. Cet album marque le grand retour à la BD de David Mazzucchelli, auteur de titres majeurs comme Big Man ou Cité de verre, adaptation remarquée du roman de Paul Auster. Venu au 9e Art par lintermédiaire des comics de super-héros on lui doit notamment une très belle version de Batman écrite par Frank Miller -, il sorientera au bout de quelques années vers des récits à la tonalité plus « littéraire » tout en poursuivant une carrière denseignant de bande dessinée. Dans Asterios Polyp, il raconte le destin contrarié dun professeur darchitecture considéré par tous comme brillant, mais qui naura jamais rien construit de sa vie un « architecte de papier », en quelque sorte, renommé pour la qualité intellectuelle de ses plans mais dont aucun naura donné le jour à une véritable construction. Volontiers cassant vis-à-vis de ses contemporains, imbu de sa personne et persuadé davoir toujours raison, Asterios Polyp fête dune triste manière ses cinquante ans : le jour de son anniversaire, son appartement et tous les souvenirs quil contient sont détruits par un incendie. Il décide alors de réunir les quelques dollars quil a pu sauver du désastre pour prendre le bus et partir au hasard, avant déchouer dans une petite ville où il simprovise mécanicien. Puis il repartira sur les routes, non sans avoir radicalement changé dans le regard quil porte sur ses semblables et dans son rapport à lautre. En soi, la destinée dAsterios na rien dexceptionnel. Cette histoire pourrait nêtre rien dautre quun récit de vie de plus, au terme duquel le personnage principal se défait de ses préjugés et de son complexe de supériorité pour shumaniser et souvrir à ses contemporains. Mais, outre la sympathie que lon éprouve pour Asterios et pour les autres protagonistes de cet album, cest le traitement narratif et graphique de Mazzucchelli qui nous fascine et qui fait dAsterios Polyp une bande dessinée singulière, dont on peut prédire quelle remportera de nombreux Prix dans les mois qui viennent. Mazzucchelli joue en orfèvre de toutes les potentialités du langage de la bande dessinée. Le récit est mené du point de vue dIgnazio, le frère jumeau dAsterios mort à la naissance. Il enchaîne avec le plus grand naturel les flashbacks, usant de couleurs différenciées pour distinguer les différentes époques de lhistoire, se débarrassant de la contrainte formelle de la case et du cadre de la planche pour construire sa narration en toute liberté, multipliant les solutions graphiques comme autant dastuces pour mettre en scène la variété de situations proposées. Mais cette grande richesse graphique - et cest là tout le talent de Mazzucchelli - napparaît jamais comme purement gratuite et « esthétisante » : au contraire, elle nest là que pour servir le processus de narration et guider le lecteur à travers les méandres du récit. Asterios Polyp ne relève ni de lexpérimentation ni de leffet facile : cette bande dessinée reste avant tout captivante par sa matière humaine, par le destin singulier dun homme qui se débarrasse peu à peu de ses vieux oripeaux pour renaître à la vie et porter un regard neuf sur son entourage. Et puis, ce qui ne gâte rien, le livre est un objet somptueux. Un véritable festival de couleurs et de lettrages qui enchantent lil, servi dans un superbe écrin qui en fait un authentique beau livre à ranger sur une étagère pour mieux le caresser du regard avant de le relire, comme il nous y invite par la richesse de son propos et de son traitement. Bref, un authentique chef-duvre

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