Avis de Nibelheim
Un ouvrage que j'ai dévoré plus que je ne l'ai lu. J'ai beaucoup apprécié la clarté absolue du raisonnement. On est loin ici des textes de philo compliqués et obscurs, dont on trouve des exemples dans l'oeuvre même de Sartre. Dans ce texte rédigé dans l'immédiate après-guerre, le philosophe a souci d'être lu et compris, de diffuser ses idées pour permettre une reconstruction morale d'une population psychologiquement détruite et idéologiquement divisée par les années de guerres et d'occupation.
D'une certaine manière, ce texte compense la grande "Morale" existentialiste que Sartre n'a jamais achevée, et qui a été éditée depuis, pour ce qui en existe, chez Gallimard, sous le titre de "cahiers pour une morale". En effet, après avoir rédigé et publié la somme existentialiste qu'est "l'Être et le Néant", Sartre souhaitait écrire un livre posant la base d'une morale nouvelle, c'est-à-dire d'un rapport révolutionné des hommes entre eux, dont la condition de possibilité aurait été, bien sûr, la philosophie existentialiste de Sartre. Il me semble que si le projet avait abouti, les idées des Réflexions sur la question juive y auraient été intégralement reprises.
Le texte des réflexions s'articule en plusieurs parties très inégales en volume comme en qualité - à mon avis. La première, la plus volumineuse et, subjectivement, la plus intéressante tente de nous brosser le portrait de l'antisémitisme, par l'analyse des processus complexes poussant des hommes à adopter des idéologies de haine. Je n'hésiterais pas à affirmer que cette étude est un véritable et virtuose exercice de psychologie des profondeurs.
Les grandes leçons que l'on peut tirer de ce texte ? Pour ma part, j'en retiens essentiellement deux :
- Toute haine du monde ou des autres trouve sa racine dans la haine de soi, ou dans l'incapacité du moi à assumer le réel tel qu'il est (c'est à dire tragique, angoissant, fluctuant, etc.).
- Deuxième point, qui en découle logiquement : c'est le regard de l'antisémite qui crée le Juif en tant que Juif. Autrement dit, c'est parce que l'antisémite décide que le Juif est Juif et qu'en tant que tel, il est responsable de tous les maux de la terre, que ce dernier est identifié en tant que Juif, et qu'il ne peut plus faire sans cette étiquette, même dans son rapport à lui-même. Cela fera sans doute songer à Primo Lévi, qui affirmait s'être découvert juif... dans les camps nazis !
Par ailleurs, il me semble que le propos de Sartre dépasse largement la "question juive" et peut être appliqué à tout mécanisme de haine de l'autre. À ce titre, signalons que la pièce "la P***** respectueuse" est l'illustration dramatique des idées développées dans les Réflexions, mais appliquées au thème du racisme anti-noirs de l'Amérique ségrégationniste.
D'une certaine manière, ce texte compense la grande "Morale" existentialiste que Sartre n'a jamais achevée, et qui a été éditée depuis, pour ce qui en existe, chez Gallimard, sous le titre de "cahiers pour une morale". En effet, après avoir rédigé et publié la somme existentialiste qu'est "l'Être et le Néant", Sartre souhaitait écrire un livre posant la base d'une morale nouvelle, c'est-à-dire d'un rapport révolutionné des hommes entre eux, dont la condition de possibilité aurait été, bien sûr, la philosophie existentialiste de Sartre. Il me semble que si le projet avait abouti, les idées des Réflexions sur la question juive y auraient été intégralement reprises.
Le texte des réflexions s'articule en plusieurs parties très inégales en volume comme en qualité - à mon avis. La première, la plus volumineuse et, subjectivement, la plus intéressante tente de nous brosser le portrait de l'antisémitisme, par l'analyse des processus complexes poussant des hommes à adopter des idéologies de haine. Je n'hésiterais pas à affirmer que cette étude est un véritable et virtuose exercice de psychologie des profondeurs.
Les grandes leçons que l'on peut tirer de ce texte ? Pour ma part, j'en retiens essentiellement deux :
- Toute haine du monde ou des autres trouve sa racine dans la haine de soi, ou dans l'incapacité du moi à assumer le réel tel qu'il est (c'est à dire tragique, angoissant, fluctuant, etc.).
- Deuxième point, qui en découle logiquement : c'est le regard de l'antisémite qui crée le Juif en tant que Juif. Autrement dit, c'est parce que l'antisémite décide que le Juif est Juif et qu'en tant que tel, il est responsable de tous les maux de la terre, que ce dernier est identifié en tant que Juif, et qu'il ne peut plus faire sans cette étiquette, même dans son rapport à lui-même. Cela fera sans doute songer à Primo Lévi, qui affirmait s'être découvert juif... dans les camps nazis !
Par ailleurs, il me semble que le propos de Sartre dépasse largement la "question juive" et peut être appliqué à tout mécanisme de haine de l'autre. À ce titre, signalons que la pièce "la P***** respectueuse" est l'illustration dramatique des idées développées dans les Réflexions, mais appliquées au thème du racisme anti-noirs de l'Amérique ségrégationniste.


manueb84


