Avis de poussaint
Il est vrai que ce petit roman ne me paraît pas à la même hauteur que le baron perché. Cependant, il faut lui attribuer de nombreuses qualités. Tout d'abord, comme dans le baron perché, il y a ce parti pris d'un évènement déclencheur qui fait aussitôt basculer le livre dans la fable philosophique. le but est de changer le regard du lecteur à partir d'un parti pris totalement saugrenu en apparence et même quasi-impossible : découper un homme en deux dans le sens de la hauteur et imaginer que ces deux parties continuent à exister, l'une représentant le bien et l'autre le mal que la première entité possédait conjointement. Ne reste alors plus qu'à observer ce qui se passe et à dérouler l'histoire comme on débobine une pelote de laine. Chaque moitié et c'est assez amusant voit dès lors très clairement quelle est sa tâche; elle se sent même (et c'est le comble) plus entière que lorsqu'elle n'était pas encore détachée ! Derrière l'histoire se cache donc une critique virulente des extrémismes, des fanatismes. A côté de l'histoire, c'est aussi une galerie de personnages atypiques avec un médecin qui déteste la vue du sang, des protestants zélés mais incapables de se souvenir d'un seul texte de la Bible, des brigands qui renoncent à brigander, des lépreux heureux. Bref, Calvino a le sens des histoires qu'il peuple de poésie et de petits messages.





