Dans un bourg d'Amsterdam où se croisent matelos de toutes nations, souteneurs, prostituées et voleurs, un homme que le hasard a mis sur le chemin de l'un de ses compatriotes, se raconte. Qui est-il ? C'est la source de cet admirable monologue, où Jean-Baptiste Clamence retrace le parcours autrefois brillant de son existence. Jusqu'au jour où différents évènements ruinent les derniers vestiges de sa normalité existentielle. Il fuit dans la débauche ce qu'il découvre tous les jours un peu plus. Fuir l'hypocrisie des coeurs, de la charité, de la solidarité, l'hypocrisie du monde, fuir cette existence fausse où le plaisir personnel décide des actes les plus beaux. Il part alors pour la cosmopolite Amsterdam et s'y institue " juge pénitent " pour dénoncer l'ignominie humaine.
C'est un livre à lire d'une traite -même si la confession du narrateur dure 5 jours- pour en saisir toute la substance et la pesanteur. On se laisse prendre au piège : d'abord on juge cet homme qui se croit supérieur puis on a envie de le plaindre avant de comprendre que derrière son cynisme se cache une volonté didactique et moraliste. L'écriture est fluide et limpide comme une "longue brève" de comptoir. Et l'on sait que c'est là -accoudé au comptoir- que l'on fait, défait et refait le monde en fonction de son talent. Et celui de Camus est encore frappant ici.
« La chute » d'Albert Camus est un livre dont on ne sort pas indemne par toutes ses réflexions philosophiques très interessantes. C'est sans doute le meilleur de Camus, d'après moi.
Alors, je vous le conseille!