- Ainsi tu crois qu'il y a seulement Dieu qui voit les âmes, Basil ? Ecarte le rideau et tu verras la mienne. Il avait, prononcé ces mots d'une voix dure et cruelle. - Tu es fou, Dorian, ou tu joues, murmura Hallward en fronçant les sourcils. - Tu ne veux pas ? Alors, je vais le faire moi-même, dit le jeune homme qui arracha le rideau de sa tringle et le jeta par terre. Une exclamation d'horreur s'échappa des lèvres du peintre lorsqu'il vit dans la faible lumière le visage hideux qui lui souriait sur la toile. Il y avait quelque chose dans son expression qui le remplit de dégoût et de répugnance. Grands dieux ! C'était le visage de Dorian Gray qu'il regardait ! L'horreur, quelle qu'elle fût, n'avait pas encore entièrement ravagé sa stupéfiante beauté. Il restait encore des reflets d'or dans la chevelure qui s'éclaircissait et un peu de rouge sur la bouche sensuelle. Les yeux bouffis avaient gardé quelque chose de la beauté de leur bleu. Le contour des narines et le modelé du cou n'avaient pas encore perdu complètement la noblesse de leurs courbes. C'était bien Dorian. Mais qui avait peint ce tableau ? Il lui semblait reconnaître son coup de pinceau. Quant au cadre, il était de lui. C'était une idée monstrueuse et pourtant il eut peur. Il prit la chandelle allumée et la tint devant le portrait, Son nom figurait dans le coin gauche, tracé en longues lettres d'un vermillon brillant.
Ultra connu est ce livre mais l'histoire est vraiment géniale et la qualité littéraire est là. Un grand auteur qui nous livre là un superbe portrait de cet homme qui voulait garder sa beauté malgré les années. Un bon moment à passer.
Grand.
Les longs dialogues et la philosophie ne sont vraiment pas mes thèmes de prédilection en matière de lecture... Cependant, l'éloge de la beauté est très bien étudiée et décrite à travers les leçons de vie de Lord Henry ; peut-être même trop. En effet, à part la pseudo relation amoureuse entre Dorian gray et l'actrice Sybil Vane, la première moitié du livre est dépourvue d'action.
Les personnages sont "d'époque" : dandysme, mysoginie ("Elles ont des instincts merveilleusement primitifs. Nous les avons émancipés, mais elles sont demeurées des esclaves à la recherche d'un maître.") et noblesse sont les maîtres mots du trio principal du roman : Dorian l'esthète, Lord Henry le philosophe et Basil Hallward le peintre. On remarquera d'ailleurs que ce livre est axé sur les hommes et leurs relations plutôt ambigues : Basil trouve en Dorian son modèle idéal, sa muse ; Dorian, quant à lui ne voit que par Lord Henry et les récits de ses exploits.
Quelques moments d'action trouvent enfin leur place entre les longs dialogues lorsque Dorian est pris à son propre piège et ne supporte plus de voir son portrait ainsi défiguré.