Il avait entre quatre et cinq ans lorsque le monde commença à vivre autour de lui, lorsqu'il prit conscience d'une vraie scène se jouant entre des êtres humains qu'il était capable de distinguer les uns des autres, de situer dans l'espace, dans un décor déterminé. Il n'aurait pas pu préciser, plus
tard, si c'était en été ou en hiver, bien qu'il eût déjà le sens des saisons. Probablement en automne, car une légère buée ternissait la fenêtre sans rideau et la lumière du bec de gaz d'en face, seule à éclairer la chambre, jaunâtre, semblait humide. Avait-il dormi ? Son corps était chaud sous la couverture. Aucun bruit particulier ne l'avait éveillé en sursaut. Il avait seulement entendu, derrière le rideau, qui n'était qu'un vieux drap de lit suspendu à une tringle, un halètement familier, entrecoupé de gémissements, avec parfois le grincement des ressorts du lit. C'était sa mère qui couchait dans ce lit, presque toujours avec quelqu'un. Puis, du même côté que lui du drap tenant lieu de cloison, il y avait Vladimir, ensuite Alice, ensuite les jumeaux, lui-même, chacun sur sa paillasse, et, contre le mur, le bébé dans son lit-cage.
Lu un peu par hasard, j'ai bien apprécié ce roman. La façon dont le Paris d'il y a un siècle est dépeinte est riche, colorée, parfumée, animée; tous les sens sont en éveil. On croirait parcourir les ruelles aux cotés du narrateur, l'accompagner dans le dédale des halles tant les descriptions sont précises et imagées à la fois. L'histoire quant à elle est intéressante, les personnages sont justes et crédibles. Rien de transcendant pour moi, pas de trépidation ni d'empathie pour ce héros qui n'en est pas vraiment un, mais toutefois une lecture agréable au global.