Supprimer ce produit ?

Cette action retirera ce produit de votre liste.

LivreActuellement indisponible

Les bas-fonds

Parution
13/06/1997
Traduction
Maxime Gorki
Valeur d’échange
3 points

Critiques et avis

Donner mon avis sur ce produit

Avis de Nibelheim

Avec cette pièce, Gorki s'inscrit dans le mouvement du théâtre naturaliste : il s'agit de montrer sur scène une "tranche de vie" issue du monde contemporain à l'auteur, et destinée à faire réfléchir le spectateur sur la société qui l'entoure. Il ne s'agit pas de faire une pièce à thèse, mais de créer l'illusion de la réalité pour inciter, parfois forcer, le spectateur à voir ce qu'il ne voit ou ne veut pas voir dans la vie de tous les jours.

Le premier titre envisagé par Gorki pour cette pièce était "Dans les bas-fonds de la vie". Avec cette pièce, il nous fait pénétrer dans une "cave qui ressemble à une grotte", dans laquelle (sur)vivent des SDF, réduits à la mendicité, à la maladie, au vol pour certains, a être exploités par le propriétaire du lieu pour tous. Le message est clair : l'auteur veut nous forcer à prendre en compte le négatif généré par la société de son temps, nous imposer le constat du mode de vie déplorable dans lequel se trouvent piégés les marginaux, ceux qui n'ont pas su s'intégrer dans le système, ou qui en ont été exclu.

On pourrait craindre que cette pièce sombre dans une sorte de misérabilisme larmoyant convenu et bien-pensant, mais il n'en est rien. Car, autant sinon plus que son message politique, ce qui fait l'intérêt de la pièce, c'est l'art de Gorki. Il essaye de recréer de la manière la plus réaliste un milieu qu'il connait bien, puisqu'il l'a lui-même fréquenté durant son enfance difficile. Cette recréation réaliste lui interdit de faire une pièce à thèse au sens que l'on donne à ce mot : si le message se comprend aisément, il n'est jamais exprimé clairement, et il n'y a pas de personnage qui représente de manière univoque le point de vue de l'auteur. En fait, si le message passe, c'est que le réalisme de la recréation de ce milieu social est suffisamment réussi pour qu'on en perçoive automatiquement le caractère intolérable. Pour nous donner cette illusion, Gorki déploit tout son art : il faut que le spectateur ait l'impression de surprendre la vie en train de se vivre : un exemple permettra d'éclairer mon propos : quand le rideau se lève, pour que nous ayons l'impression que la vie des personnages et du lieu étaient préexistante à la représentation, il fait commencer son texte par la réplique : "Et alors ?", mimant ainsi une conversation déjà commencée que l'oeil et l'oreille du spectateur viendraient surprendre.

J'étais un peu sceptique avant de lire cette pièce, et je dois avouer que ce n'est qu'à la seconde lecture que je l'ai vraiment appréciée, mais je suis content de l'avoir lu, et je pense que c'est un texte qui ne mérite pas son relatif oubli. Les personnages sont vivants, touchants parfois, les scènes sont crédibles, pleines de mouvements, l'on y passe sans cesse du tragique de l'existence à l'euphorie de la volonté de vivre malgré tout, et bien qu'il n'y ait pas à proprement parler d'intrigue dans cette pièce, on se laisse emmener par le texte, on se laisse ravir par le spectacle de ces misérables qui se démènent pour vivre et être heureux, fût-ce dans "les Bas-Fonds de la vie".