Guillaume Bélibaste est un personnage qui m'a toujours inspiré, depuis que je connaissais ses tribulations, une profonde affection fraternelle. Peureux, teigneux, encombré de doutes, de questions, de mauvaises raisons, d'élans coupables et de lourds sentiments, il fut sans noblesse ni droiture. Il tua un homme, par colère et malchance. Il devint prêcheur hérétique sans vraie foi. En cette fin du Moyen Age où il vécut, les Parfaits cathares n'étaient plus que des errants mystiques promis à la gloire cruelle des bûchers. Leur cause était perdue, ils le savaient, mais la pureté des fous de Dieu les tenait debout. Bélibaste n'eut même pas cette pureté-là. Il fit un jour le serment de ne jamais toucher à une femme, et fut le lendemain parjure et amoureux. II perdit Dieu bien souvent par les détours de sa vie. Il marcha vers la lumière de sa vérité en renâclant comme un âne aveugle et rétif, sans jamais rien comprendre. Aventurier hors du commun, héros malgré lui, il fut un cancre de l'âme. J'aime cet homme parce que je crois que, si Dieu existe, il est dans les questions, les révoltes et les douleurs des cancres, plus que dans les réponses des sages.
En raison du contexte historique, on connait la fin du roman en le commençant, mais le livre est tellement bien écrit que ça n'a aucune incidence sur l'envie de le dévorer. Le roman nous apprend beaucoup sur la religion Cathare, ses principes et son culte mais aussi, et surtout, sur la psychologie humaine. Car ce qui compte avant tout pour l'auteur, c'est la dimension profondément humaine de son anti-héro.