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Notre-Dame de Paris

Parution
01/01/1982
Valeur d’échange
2 points

Résumé

Ouvrez ce livre, il est vertigineux. C'est une trappe d'où vous tombez de la hauteur de cinq siècles en plein coeur du Paris de Louis XI. Paris "avec les mille flèches de ses édifices, avec son fleuve qui serpente sous ses ponts, avec le nuage de se fumées..." Paris et "son peuple qui ondule dans ses rues" : écoliers, clercs, bourgeois, commères, marchands, gueux de toutes sortes, mendiants et faux aveugles de la Cour des Miracles, toute cette populace du Moyen Age se pressant au gibet sur le pavé de la place de Grève, et criant "Noël ! Noël !" quand on pend la sorcière. Au milieu du grouillement et des clameurs, trois personnages dont les destins, secoués par la fatalité, s'entrechoquent en produisant un bruit terrible - le même que fera, dans la nuit d'émeute, le madrier de chêne lancé contre le portail de Notre-Dame par les truands donnant l'assaut. D'abord l'ensorceleuse, la bohémienne, l'Egyptienne, celle qui danse dans les rues au son du tambourin : ses seize ans et sa beauté sont la flamme et le soufre de cet enfer. Puis le prêtre, le damné, l'archidiacre à la tête rongée d'alchimie et à l'âme perdue de passion inavouable. Silhouette noire, figure chauve et livide, cachant "ce qu'il y a de lave bouillante, furieuse et profonde sous le front de neige de l'Etna". Enfin, claudiquant de l'un à l'autre, jappant, grognant, soufflant, non pas un être humain mais "quelque chose d'affreux, mi-homme mi-animal, plus dur, plus difforme et plus foulé aux pieds qu'un caillou". C'est Quasimodo, le sonneur de cloches : pauvre gnome bossu, borgne et sourd, créature effrayante et grotesque, véritable délire de la nature habité par une force de cyclope. Mais ce caillou a un coeur. Le monstre pleure d'amour. Et les larmes qu'il verse sont plus brûlantes que le plomb fondu dégorgé par les gargouilles de la cathédrale sur la troupe des malandrins piétinant le parvis...

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Critiques et avis

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Avis de snowwhite

Hugo a de bons mots, mais ses écrits sont érudits. Certains passages sont difficiles et pousseraient aisément vers la voie de l'abandon. J'avais parfois l'impression de lire un réel travail scientifique fait par un chercheur en histoire médiévale. Dans un sens, le sérieux et le souci de réalisme de l'écrivain sont admirables, mais je lis des romans pour lire des romans, j'attends une histoire qui me tienne en haleine amenée par de jolies phrases et de beaux mots. J'attends du rêve et de l'évasion. J'ai envie qu'on laisse un espace libre à mon imagination et non qu'on me décrive Paris rue par rue, pierre par pierre tel qu'il était du temps de Louis XI.

J'ai mis beaucoup de temps à lire ce livre, comme souvent quand je me force à continuer une lecture qui ne me plaît pas. Tout cela parce que mon caractère souffre mal l'échec et l'abandon. Voilà ce que c'est que d'être entêtée ! Heureusement pour moi, l'intrigue - très longue à démarrer - a réussi à piquer à vif ma curiosité. Car qu'est-ce que je connais moi de "Notre dame de Paris" ? J'ai honte de l'avouer, mais je n'y connais qu'une réputation, un dessin animé des studios Disney et quelques chansons d'une comédie musicale (même pas la comédie musicale en son entier). Et j'ai pu découvrir que tout cela me donnait une idée bien faussée de la réalité. Je n'ai rien contre les adaptations, mais bon il y a adaptation et adaptation. Quelle idée de faire une dessin animé avec une histoire pleine de noirceur, l'adaptation n'en peut être qu'insipide, elle perd pratiquement tout son fil directeur. Tout le monde s'attache à cet espèce de trio-quatuor amoureux : Quasimodo et Frollo aiment la Esméralda qui est amoureuse de Phoebus mais il y a plus. Déjà Phoebus, gentleman chez Disney, n'est en réalité qu'un goujat qui passe son temps à jurer et à boire dans les tavernes. Il doit se marier à Fleur de Lys, mais cette perspective ne l'enchante guère, il aime les femmes et entend en profiter. La Esméralda ne le laisse pas indifférent, mais il ne s'agit pour lui aucunement d'une belle histoire d'amour mais seulement de l'assouvissement d'une pulsion sexuelle. Tandis que cette gourde, vierge et innocente, est aveuglée par l'amour et n'a d'yeux que pour Phoebus sans qu'on arrive à comprendre le pourquoi du comment. La Esméralda a deux amoureux transis, mais elle ne le voit pas et surtout ne les veut pas. Malheureux sont les hommes laids amoureux de femmes jolies mais sottes.

Ces enchevêtrements amoureux sont au cœur du livre, mais ils ne sauraient en former le tout. Le plus intéressant, c'est tous ces destins croisés et la fatalité qui poursuit les personnages. Les destins de la Esméralda et Quasimodo sont intrinsèquement liés : elle, fausse bohémienne qui recherche le secret de sa naissance, lui, abandonné à un âge déjà avancé (quelque chose comme 4 ans) sur le parvis d'une église. Et puis, il y a tous ces personnages qui font la richesse de l'intrigue, mais qu'on connaît mal : Pierre Gringoire, l'artiste qui est inconsciemment le fil directeur de l'histoire. Gringoire me fait penser au chat et à la souris qu'on retrouve en clin d'œil dans les planches de la BD Léonard, ou à la coccinelle de Gotlib. Il y a la sachette dont on découvre progressivement la poignante histoire et dont on sait tout de suite qu'elle va se finir mal. Tout ça sur fond de critique de la justice d'antan avec un procès absurde où la surdité d'un Quasimodo bien démuni dans sa défense le conduit au pilori et où on condamne La Esméralda et sa chèvre au gibet pour avoir tué à grande force de sorcellerie Phoebus qui n'est pas mort.

Bref, toutes ses adaptations sont bien simplistes. Gommer tout ce qui fait la richesse d'une œuvre est une manière bien ingrate d'adapter. Si je n'ai pas spécialement aimé cette lecture, j'ai beaucoup appris et je ne regrette pas.