Avis de poussaint
Le passe-muraille est en fait un recueil paru en 1943 comportant 10 nouvelles dont seule la première est véritablement connue grâce au film avec Bourvil. C'est l'occasion ici de corriger une injustice car les autres nouvelles sont loin de démériter. Le ressort initial de chaque nouvelle est assez semblable : l'auteur, à partir d'une situation étrange, anormale, développe son histoire jusqu'à l'absurde : un homme traverse les murs, une femme se dédouble et ce jusqu'à l'infini. Le plus intéressant de ces histoires me paraît être le ton étonnamment libre pour l'époque. Il est même surprenant que l'auteur ait pu passer à travers les mailles de la censure. Que dire, en effet de cette nouvelle où les citoyens ont le droit à des cartes de vie en proportion de leur utilité dans la société. On y voit ici une critique à la fois de la pénurie en France à cette époque mais aussi une critique de la théorie des races puisque le Juif n'a le droit qu'à un jour de vie sur un mois. A croire que la censure se soit donc arrêtée au premier degré. L'auteur excelle aussi à jouer avec les paradoxes temporels où un gouvernement de la même façon qu'il peut mettre en place l'heure d'été peut décider pour éviter la guerre d'avancer le temps de 17 années. Il revisite aussi avec malice le conte des bottes de sept lieues. Bref ce livre est pleins d'inventions, de diversité dans les histoires racontées et cerise sur le gâteau, l'auteur y dispose d'un style posé où la recherche du mot, voir du bon mot rend la lecture particulièrement agréable. On peut y ajouter un goût profond pour l'étude psychologique de ses personnages qui permet une critique comique d'une joyeuse galerie en passant par le soi-disant artiste, le fonctionnaire pointilleux et même ironie tournée vers lui-même l'écrivain à l'égo hypertrophié et embrassant comme une girouette des vents contraires selon son intérêt. Dans tous les cas, voici un livre à découvrir ou à redécouvrir et qui mérite même selon mon point de vue plusieurs lectures.





