Avis de museolive
Ce petit ouvrage est la suite logique du travail de Henri Pena-Ruiz (agrégé et docteur en philosophie, ancien élève de l'Ecole normale supérieure de Saint-Cloud) sur le projet républicain et la laïcité : ces deux derniers concepts induisant, outre le suffrage universel et le principe juridique de la souveraineté populaire, une certaine idée de l'homme-citoyen, il faut pouvoir faire en sorte de transmettre tôt dans la vie de chacun les savoirs et savoir-faire nécessaires à l'existence, ainsi que de cultiver l'autonomie de jugement. Chaque citoyen devient de fait maître de ses pensées : pour cela, l'école en République possède un rôle fondamental ; elle se base, pour mener à bien ce projet, sur des principes fondateurs et des idéaux. Mais les exigences de ces principes et idéaux étant élevées, ce projet ne peut se réaliser facilement dans une société qui change perpétuellement, et qui a tendance à imposer ses nécessités immédiates aux milieux scolaires. A la lecture de l'ouvrage de Henri Pena-Ruiz, les principes et idéaux extrêmement nobles et plus que centenaires de l'école républicaine qui sont exposés, et les problèmes sociétaux qui viennent en opposition nette à ces principes et idéaux, naît un certain malaise : la conception du rôle de l'école républicaine se trouve complètement inversés par rapport à ce qu'elle devrait être. L'on considère que l'école est fautive, que l'action économique et sociale de l'Etat ne peut s'épanouir, parce que l'école ne fournit, sinon des citoyens, du moins des travailleurs productifs. L'école doit donc être, selon une certaine logique, au service des besoins et des caprices de la société. Mais Henri Pena-Ruiz nous démontre que ce n'est pas son rôle : on ne peut tendre vers le triptyque républicain "Liberté - Egalité - Fraternité" qu'à la condition de laisser les inévitables différences sociales et culturelles à la porte de l'école, et ce dans le but de former des futurs citoyens, créateurs autonomes de leurs idées, et non pas des producteurs-consommateurs, victimes du diktat de la société de consommation. Pour cela, la gestion de cette institution doit être résolument étatique, et, comme le souhaitait Gaston Bachelard dans La formation de l'esprit scientifique (1967), cité au début de Qu'est-ce que l'école ? : "La société tout entière devrait être au service de l'école" ; ainsi, se pencher sérieusement sur la prise en charge de tous les enfants de l'école publique représenterait un authentique progrès social et, pour le coup, aurait sans doute une influence significative sur le devenir économique et social de la nation. Il est aujourd'hui démontré, depuis la publication du présent livre, que lorsque l'Etat s'oppose à l'un des élèments constitutifs de la société qu'elle en charge, les résultats obtenus sont à l'opposé de ceux escomptés : lorsqu'il veut proposer un débat sur l'identité nationale avec une visée idéologique, plus personne ne se sent Français, ou du moins, le flou est installé sur une notion qui semblait aller de soi ; lorsque l'Etat propose de refuser à un nombre limité d'habitants du territoire un signe religieux ostensible au nom de la laïcité, il creuse les oppositions entre groupes culturels ; lorsque l'Etat enfin prétend favoriser la condition des travailleurs, il ne fait que favoriser ceux qui les emploient. La question est posée : pourquoi l'Etat français n'aborderait-il pas la débat sur les réformes profondes de l'institution scolaire en sympathie avec elle, plutôt que dans un rapport directement antagoniste, en prenant en compte le fait que, comme essaye de l'enseigner l'école, la diversité et l'échange participent de l'universel ? En tout cas, gardons en tête que ce sont les ciotyens de demain qui pâtissent de l'incompétence des dits-citoyens et acteurs d'aujourd'hui...





