Avis de museolive
Henri Barbusse n’est pas qu’un nom de rue, le saviez-vous ??? C’est en plein élan nationaliste et tandis que les poilus meurent par centaines chaque jour sur le champ de bataille qu’Henri Barbusse (1873-1935) publie « Le Feu, journal d’une escouade », en décembre 1916. La même année, il reçoit d’ailleurs le prix Goncourt pour ce récit, malgré la forte opposition des nationalistes (ce livre fait partie de ceux qui « donnent le cafard dans la tranchée », assène Charles Maurras). Il s’agit, plus que d’un roman, d’un témoignage de l’horreur des tranchées : en effet, journaliste, poète et écrivain pacifiste d’origine cévenol, Barbusse s’engage malgré tout comme simple soldat en 1914, non pas pour en découdre avec les « barbares allemands » tels qu’ils sont vus et décrits durant cette période, mais plutôt pour la défense de l’idéal républicain. Outre le témoignage, il s’agit d’une dénonciation cinglante de toute forme de guerre, tout en étant un vibrant hommage au courage des soldats face au chaos. Cette dernière apologie sera accueillie favorablement par tous, nationaliste ou socialiste ; toutefois, son pamphlet contre la guerre dans le même livre attirera sur lui les foudres des plus fervents patriotes (Léon Daudet, le fils d’Alphonse, vitupérant sur ce « livre ignoble, bas et dissolvant, qui ne peut que servir l’ennemi »). Il sera un des rares militants pour la paix durant cette période, avec Paul Léautaud, Émile Chartier (Alain) ou Romain Rolland, et durant le restant de ses jours. Aujourd’hui, « Le Feu » reste un récit important et irremplaçable sur les horreurs de n’importe quelle guerre, sur ce qu’elle engage de plus violent et de plus irraisonnée au plus profond de la culture humaine : alors que certains, sourds et aveugles, « cérébralement déconnectés », chantent et vibrent fièrement sur l’hymne national français quand la sacro-sainte équipe nationale de football fait face à son public avant un match, ou qu’un autre sportif « bleublanrougé » monte sur la première marche d’un podium mondial, et particulièrement ce délicieux passage : « […] qu’un sang impur, abreuve nos sillons. », ne pourrait-on pas lire dans la foulée quelques passages de ce témoignage de Barbusse, afin de prendre conscience de ce qu’un sang impur qui abreuve des sillons engage véritablement ? C’est la « déconnexion cérébrale », l’ « absence de pensée » qui amène à la banalisation du Mal, avait écrit Hannah Arendt dans « Eichmann à Jérusalem « : à bon entendeur…


alexiele


