De 1840 à 1867, la vie fait L'Éducation sentimentale de Frédéric Moreau et de toute une jeunesse idéaliste qui a préparé dans la fièvre la révolution de 1848. Le roman s'ouvre sur des rêves exaltés et s'achève sur la médiocrité des uns et des autres. Entre temps, la vie s'est écoulée autour de Frédéric, qui semble n'avoir pas plus participé aux mutations de son temps qu'à l'édifice de sa propre destinée potentielle. Au cours de cette existence, Madame Arnoux, dont les apparitions sont autant de surgissements mystiques, tient lieu au jeune homme d'absolu insaisissable. Lui qui rêvait de terres lointaines et d'ouvrages romantiques déchirants dont il se voyait l'auteur génial, se retrouve, en guise de destination exotique, à Nogent, la ville de son enfance. Au terme de son parcours, que peut-il faire d'autre que ponctuer sa conversation avec Deslauriers, le pragmatique non moins malheureux, de "te souviens-tu" ? Flaubert éclaire ses personnages d'une lumière tantôt ironique, tantôt sympathique, et s'il adopte parfois une vision panoramique des choses, c'est semble-t-il pour mieux se couler dans l'esprit de son héros afin de faire vivre au lecteur les velléités de son caractère.
L'histoire est absolument sans intérêt, le héros accablant de mièvrerie et le style fastidieux. Cependant, tout n'est jamais tout blanc ou tout noir : même dans le plus mauvais des livres, le lecteur peut trouver quelque source de plaisir. Enfin, je l'espère, sinon le livre devient un réel instrument de torture, à mille lieues de sa raison d'être... En l'espèce, certains éléments ont tout même su éveiller mon intérêt. Tous ces indices qui révèlent la grande Histoire en trame de fond de la petite histoire, par exemple. De plus, nos deux héros s'en vont à Paris pour faire leur droit, un juriste ne peut que se délecter de tous les éléments relatifs au droit du XIXe siècle...