Avis de Nibelheim
Inspirée d’une pièce de Tirso de Molina, cette œuvre de Molière est une relecture du mythe de Don Juan. Atypique et particulièrement moderne aux yeux du lecteur d’aujourd’hui, Don Juan se démarque fortement des autres pièces de Molière. Ecrite à la va-vite après l’interdiction du Tartuffe, sa prose simple et efficace, ses rebondissements lui donnent une sorte de vitalité dont les autres pièces sont plus dénuées. Il faut dire que Don Juan est la pièce qui sacrifie le moins aux codes classiques de la représentation théâtrale et cela se sent : Molière s’est comme qui dirait fait plaisir. Qualifiée de tragi-comédie, cette pièce mêle habilement satire des mœurs, réflexion philosophique et comique. Don Juan est en effet la figure du libertin, pas seulement au sens sentimental mais également au sens religieux : il est athée et croit que « deux et deux font quatre et que quatre et quatre font huit. » A ses côtés, le valet Sganarelle est censé représenter le droit chemin philosophique et par conséquent, il croit en Dieu. En Dieu oui … Et aussi aux loups-garous, au « moine bourru » et autres chats-huants, ce qui le décrédibilise entièrement. Ainsi, Don Juan est une pièce très surprenante, aux messages complexes. Indirectement, Molière enfourche à nouveau son cheval de bataille contre les faux dévots, ce qui avait déjà choqué dans Tartuffe et ce qui choquera également dans cette pièce qui sera menacée de censure. Provocatrice, bien écrite, surprenante, Don Juan est d’une richesse inattendue et conserve, même aujourd’hui, un fort goût d’actualité.




