Concentration : la dernière-née des émissions télévisées. On enlève des gens, on recrute des kapos, on filme… Tout de suite, le plus haut score de téléspectateurs, l’audimat absolu qui se nourrit autant de la cruauté filmée que de l’horreur dénoncée.
Etudiante à la beauté stupéfiante, Pannonique est devenue CKZ 114 dans le camp de concentration télévisé. Le premier sévice étant la perte de son nom, partant de son identité. Zdena, chômeuse devenue la kapo Zdena, découvre en Pannonique son double inversé et se met à l’aimer éperdument. Le bien et le mal en couple fatal, la victime et le bourreau, la belle et la bête aussi. Quand les organisateurs du jeu, pour stimuler encore l’audience, décident de faire voter le public pour désigner les prisonniers à abattre, un tollé médiatique s’élève mais personne ne s’abstient de voter et Pannonique joue sa vie… Les jeux du cirque modernes : téléréalité, voyeurisme, ignominie, bonne conscience, dénonciation moralisante y ont partie liée. Un monde de bêtise et de cruauté, d’hypocrisie bien-pensante où l’individu a perdu toute liberté d’agir puisque tout est récupéré, où même la dénonciation du système appartient au système. Et cependant qui dit victime dit désir de sauver sa peau. En premier chef de reconquérir la faculté de nommer, le début de l’humanité selon Nothomb…
Nothomb fascine, c’est indéniable. J’ai moi-même été littéralement absorbée par ses écrits jusqu’à ce que je lui consacre une partie de mon travail de fin d’études secondaires. Depuis, elle a perdu quelque peu son charme (pas tout heureusement). En ce qui concerne ce livre en particulier, j’ai trouvé la couverture magnifique (celle avec le papillon) mais le contenu un peu décevant. Je vois bien où elle veut en venir mais c’est plutôt mal mené, ou en tout cas ça manque un peu de finesse. J’ai largement préféré Biographie de la faim, dont certains passages sont incroyables (ou peut-être juste certaines notions, je ne sais plus) et même Attentat avec le terrible Epiphane. Il s’agit donc d’un de ses livres les plus médiocres, je pense. Je dirais qu’il est un peu du genre de son récent ouvrage dont l’histoire rapporte la correspondance entre Nothomb (enfin disons) et un obèse morbide cinglé qui se fait passer pour un soldat américain (je pense).
Certes, il s'agit là d'une dénonciation de notre société, qui tient a mettre à mal notre amour des télé-réalités. Mais pour moi, Amélie Nothomb dépassé les bornes. C'est trop glauque, trop noir et surtout trop malsain.
Voilà comment je qualifierais ce roman : trop malsain.