Avis de zorg54
Ce "Scarface" de Brian de Palma est évidemment un film mûrement réfléchi, très bien mis en scène et qui bénéficie d'une composition éblouïssante d'Al Pacino. Par contre, malgré la dédicace à Hawks et Ben Hecht (scénariste de la première version, de Hawks, donc) le personnage me semble assez différent, ne serait-ce que par l'époque et l'origine (le Cuba de Castro en 1983 n'a sans doute plus rien rien à voir, un demi-siècle plus tard)mais après-tout, choisir de placer Scarface à l'époque où le film était tourné, pourquoi pas. Là où je suis sceptique, c'est sur les visées du cinéaste. A mon sens, il présente ce gangster de la même façon que d'autres font dans le film dénonçant la violence. Pour la dénoncer, on en montre, et celui qui la trouve fascinante ne voit que ça. Ainsi, Tony Montana peut fasciner les personnes avides de réussite financière à n'importe quel prix, bien que de Palma montre dans une scène à mon avis charnière, comment son entourage finit par le voir. Il est dans son bain moussant, dans une pièce luxueuse (mais très tape-à-l'oeil) où il regarde la télé, un verre de champagne à la main. Tous les signes de la réussite l'entourent, y compris une superbe blonde (Michelle Pfeiffer) qui n'a rien d'autre à faire de ses journées, que de se faire belle pour lui plaire. Sauf qu'elle lui balance ses quatre vérités à la figure et qu'il se montre arrogant, vulgaire, prétentieux, arriviste, etc. Si masque il y avait, là il est bel et bien tombé. Tony Montana n'est fasciné que par l'argent. Et sa façon de respecter sa famille laisse pantois. A tel point qu'après avoir détruit le bonheur de sa soeur qu'il chérit, il finit par se demander pourquoi il a fait ça. Alors oui, c'est un animal qui ne réfléchit pas. Mais, le spectateur moyen le regarde-t-il de cette façon ? Certains peuvent être fascinés par la violence, l'usage des armes, son côté "j'ai peur de rien", la réussite "facile" ,le machisme, le pied de nez au conformisme bourgeois, etc. Telle n'était certainement pas la volonté de de Palma. J'y vois donc une certaine ambiguïté regrettable.





