Avis de museolive
Voilà donc un livre qui devrait être mis entre toutes les mains dans les lycées, et que les professeurs d’histoire, de lettres et de philosophie devraient analyser avec les étudiants au tamis de leurs disciplines, pour ces jeunes d’aujourd’hui qui deviendront les citoyens de demain.
« Eichmann à Jérusalem » est le récit d’une prise de conscience, celle de la philosophe et journaliste juive allemande, américaine d’adoption, Hannah Arendt, née à Hanovre, en Allemagne, en 1906, décédée à New York en 1975. Son expérience personnelle est le pivot de son œuvre : de confession juive, elle fut à jamais marquée au fer par le deuxième conflit mondial, et par la rage d’extermination des nazis vis-à-vis des juifs. « Il me fallait comprendre », ne cessa-t-elle de se justifier toute sa vie concernant sa tentative de compréhension des totalitarismes et du mal. C’est de ce dernier concept que traite « Eichmann à Jérusalem ». En 1961, elle est envoyée comme reportée au procès du fonctionnaire nazi Adolf Eichmann, à Jérusalem, pour le magazine américain « The New Yorker ».
Né à Solingen en Allemagne, la même année qu’Hannah Arendt, dans une famille d’industriels, il mène une vie banale d’autodidacte dans différentes entreprises, jusqu’à son premier contact avec le national-socialisme, au début des années 1930. Impressionné par le mouvement, il s’y intégrera petit à petit pour devenir un parfait haut fonctionnaire et membre des SS (Schutzstaffel). Il devint à partir de 1941 le responsable discipliné de la Solution Finale : il s’agissait de la politique nazie d’extermination des Juifs, notamment par la déportation en camp de concentration. Après la défaite nazie et le suicide de Hitler, il est capturé par l’armée américaine, mis en prison, dont il s’échappe. Il arrive à obtenir un permis de séjour en Argentine en 1948, prend l’alias de Ricardo Klement en 1950 en Italie, et revient en Argentine pour pratiquer différents travaux manuels, en toute impunité (un de ces fils naîtra même à Buenos Aires, en 1955). Il est capturé par les services secrets israéliens en 1960.
Son jugement à Jérusalem sera donc un choc pour Hannah Arendt : alors que, étant donné la dimension du génocide juif, on le prenait pour un homme dangereux, criminel hors-du-commun, elle le décrit à l’inverse comme un homme banal, médiocre, « personne moyenne, normale, ni faible d’esprit, ni endoctriné, ni cynique, incapable de distinguer le bien du mal », qui a appliqué consciencieusement les ordres. Le sous-titre de « Eichmann à Jérusalem » est « La Banalité du Mal », qui sera également la théorie principale de cet essai (l’une des plus connues de la philosophe allemande), qui fera scandale dans le monde entier : beaucoup n’avaient pas apprécié que Hannah Arendt postule que n’importe qui, quelque soit la classe sociale ou le niveau de formation, puisse devenir un criminel en puissance. En fait, elle explique ici que l’acte le plus abominable peut être perpétré par une absence de pensée : cette dernière peut être donc la condition d’un mal absolu. Un livre coup de poing, chaque année nous séparant de la fin de la Deuxième Guerre mondiale nous rappelant qu’il est indispensable de le relire, pour ne jamais oublier que n’importe lequel d’entre nous peut tuer, torturer ou réaliser un acte odieux, en étant persuadé d’avoir fait son devoir !
« Eichmann à Jérusalem » est le récit d’une prise de conscience, celle de la philosophe et journaliste juive allemande, américaine d’adoption, Hannah Arendt, née à Hanovre, en Allemagne, en 1906, décédée à New York en 1975. Son expérience personnelle est le pivot de son œuvre : de confession juive, elle fut à jamais marquée au fer par le deuxième conflit mondial, et par la rage d’extermination des nazis vis-à-vis des juifs. « Il me fallait comprendre », ne cessa-t-elle de se justifier toute sa vie concernant sa tentative de compréhension des totalitarismes et du mal. C’est de ce dernier concept que traite « Eichmann à Jérusalem ». En 1961, elle est envoyée comme reportée au procès du fonctionnaire nazi Adolf Eichmann, à Jérusalem, pour le magazine américain « The New Yorker ».
Né à Solingen en Allemagne, la même année qu’Hannah Arendt, dans une famille d’industriels, il mène une vie banale d’autodidacte dans différentes entreprises, jusqu’à son premier contact avec le national-socialisme, au début des années 1930. Impressionné par le mouvement, il s’y intégrera petit à petit pour devenir un parfait haut fonctionnaire et membre des SS (Schutzstaffel). Il devint à partir de 1941 le responsable discipliné de la Solution Finale : il s’agissait de la politique nazie d’extermination des Juifs, notamment par la déportation en camp de concentration. Après la défaite nazie et le suicide de Hitler, il est capturé par l’armée américaine, mis en prison, dont il s’échappe. Il arrive à obtenir un permis de séjour en Argentine en 1948, prend l’alias de Ricardo Klement en 1950 en Italie, et revient en Argentine pour pratiquer différents travaux manuels, en toute impunité (un de ces fils naîtra même à Buenos Aires, en 1955). Il est capturé par les services secrets israéliens en 1960.
Son jugement à Jérusalem sera donc un choc pour Hannah Arendt : alors que, étant donné la dimension du génocide juif, on le prenait pour un homme dangereux, criminel hors-du-commun, elle le décrit à l’inverse comme un homme banal, médiocre, « personne moyenne, normale, ni faible d’esprit, ni endoctriné, ni cynique, incapable de distinguer le bien du mal », qui a appliqué consciencieusement les ordres. Le sous-titre de « Eichmann à Jérusalem » est « La Banalité du Mal », qui sera également la théorie principale de cet essai (l’une des plus connues de la philosophe allemande), qui fera scandale dans le monde entier : beaucoup n’avaient pas apprécié que Hannah Arendt postule que n’importe qui, quelque soit la classe sociale ou le niveau de formation, puisse devenir un criminel en puissance. En fait, elle explique ici que l’acte le plus abominable peut être perpétré par une absence de pensée : cette dernière peut être donc la condition d’un mal absolu. Un livre coup de poing, chaque année nous séparant de la fin de la Deuxième Guerre mondiale nous rappelant qu’il est indispensable de le relire, pour ne jamais oublier que n’importe lequel d’entre nous peut tuer, torturer ou réaliser un acte odieux, en étant persuadé d’avoir fait son devoir !





