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Histoire culturelle de la France : Tome 4 : Le temps des masses, Le vingtième siècle

Parution
11/03/2005
Valeur d’échange
3 points

Résumé

Jean-Pierre Rioux. Inspecteur général honoraire de l'Éducation nationale et directeur de Vingtième Siècle. Revue d'histoire.
Jean-François Sirinelli. Professeur d'histoire contemporaine à l'Institut d'études politiques de Paris. Directeur du Centre d'histoire de Sciences Po.

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Avis de museolive

Jean-Pierre Rioux est né en 1939. Il est agrégé d’histoire depuis 1964. Il a été maître de conférence puis directeur de séminaire à l’Institut d’études politiques dès 1978, chargé puis directeur de recherche à l’Institut d’histoire du temps présent, au CNRS, de 1980 à 1991. Il a été également inspecteur général de l’Éducation nationale 1991 à 2003. Il est co-fondateur et directeur de Vingtième Siècle, revue d’histoire contemporaine créée en 1984. Il s’agit d’un spécialiste consacré d’histoire contemporaine, et particulièrement d’histoire politique –il a notamment écrit sur le Front Populaire, la Quatrième République, et réalisé des biographies de référence sur Jean Jaurès et Pierre Mendès-France– et d’histoire culturelle et sociale –la culture de masse en France, la vie quotidienne des Français, l’histoire contemporaine de l’idée de bonheur, etc.
Jean-François Sirinelli est né en 1949. Il est professeur d’histoire contemporaine à l’Institut d’études politiques de Paris, où il est titulaire de la chaire d’histoire politique et culturelle de la France du XXe siècle, et directeur du Centre d’histoire de Sciences Po. Il est aussi président du Comité français des sciences historiques, vice-président de l'Association pour le développement de l'histoire culturelle. Il dirige, depuis l'automne 1997, la Revue historique et depuis le printemps 2007, la revue H@P.
Il est particulièrement intéressé par le versant politiste de l’histoire culturelle française, ce qui l’a amené à consacrer sa thèse de doctorat aux intellectuels des années 1920, et plus généralement aux grandes figures de la France contemporaine : Jean-Paul Sartre, Raymond Aron, François Mauriac, Georges Pompidou, etc. Son intérêt s’est également porté sur les « sixties » et les « baby-boomers » en France, dans le cadre d’une histoire culturelle et sociale.
Ces deux historiens ont eu de nombreuses fois l’occasion de travailler ensemble ; ils ont été co-directeurs ou co-auteurs de nombreuses publications : Les affaires culturelles au temps de Jacques Duhamel, 1971-1973, Paris, La Documentation française, 1995, Pour une histoire culturelle, Paris, Le Seuil, 1997, La France d'un siècle à l'autre, Paris, Hachette Littératures, 1999.
Cet ouvrage est le quatrième et dernier tome d’une série proposant une histoire de France originale, puisqu’il s’agit d’une histoire culturelle : héritage de l’histoire des mentalités pensée entre autre par Philippe Ariès, en légère opposition avec l’anthropologie historique de Jacques Le Goff, l’histoire culturelle peut être vue comme une « histoire sociale des représentations », selon les termes de Pascal Ory, autre éminent représentant de cette branche historiographique. Nouvelle dans les années 1970-1980, elle tend aujourd’hui à s’institutionnaliser, et à développer ses propres sous disciplines, au reste très variées et innovantes : l’histoire des politiques culturelles (Philippe Urfalino, Philippe Poirrier…), l’histoire des médias (Jean-Noël Jeanneney, Jean-François Brieu, etc.), l’omniprésente histoire des intellectuels (François Dosse, Michel Winock, Jean-François Sirinelli, Pascal Ory, etc.), l’histoire des symboles (dont l’originale histoire des couleurs de Michel Pastoureau), etc. Une dimension importante de l’histoire culturelle permet de prendre connaissance et d’analyser les pratiques socioculturelles à une certaine époque, mais surtout à en déduire les formes de représentation du monde des hommes de cette époque.
Il s’agit donc là d’une synthèse des connaissances jusque-là rassemblées dans cette discipline, à l’échelle nationale, divisée en trois grandes parties, correspondant à trois grandes époques : Laïcisations, massifications, sécessions, de 1885 à 1918 ; Le temps accéléré, de 1918 à 1962 ; Fin-de-siècle, des années 1960 à nos jours. Notre souci ici sera de dégager les faits marquants de la culture, de sa production, de sa diffusion et de ses pratiques en province, durant le XXe siècle. Nous nous concentrerons sur deux aspects distincts : d’une part, la culture « à la maison » et les industries culturelles, favorisées par les journaux, les livres et la démocratisation de l’apprentissage de la lecture, mais aussi par l’émergence de la radiophonie et de la télévision ; d’autre part, la démocratisation et les sorties culturelles, à travers le développement des musées et des expositions, mais aussi du théâtre et du cinéma.
Lorsque le président François Mitterrand avait réaffirmé l’« exception culturelle » française aux accords du GATT en 1993, il rappelait que la culture en France participait de l’esprit et du domaine public et relevait par conséquent d’une ambition collective et d’une administration générale. Pourtant, la diffusion et la production de la culture en province avait déjà pris deux tournures dominantes défavorables à cette ambition étatique à la fin du XXe siècle : le désengagement progressif de l’État français, au profit d’une « municipalisation », d’une « départementalisation », puis d’une « régionalisation » de la gestion et du financement des politiques culturelles (à l’aube de l’an 2000, les deux tiers des dépenses culturelles de la nation étaient assurées par les collectivités locales) ; par ailleurs, l’émergence d’industries culturelles puissantes et influentes ont diversifié à outrance les pratiques culturelles et imposé au pouvoir public une concurrence insoutenable, dans un contexte de crise socio-économique.
Les pratiques culturelles, concept élargi, ont de fait suivi la courbe de l’indécision générale de la France depuis les années 1960 : les domaines culturels passaient de l’aventure républicaine, qui met en œuvre le sentiment national, les passions collectives, la poursuite de l’idéal et la recherche du lien social, à une démocratie nouvelle, qui favorise les pratiques et l’intérêt individuel, les droits acquis et le maintien du niveau de vie financier et matériel. Cette évolution des valeurs a mené vers la souveraineté de l’individu, influençant par la même les pratiques culturelles de chacun : plutôt une autonomie culturelle à domicile, avec les équipements technologiques audiovisuels que les sorties culturelles, en règle générale, et, en tout cas, une désaffection sensible pour les institutions culturelles au profit d’une surconsommation du « tout-venant culturel », caractérisent la France des provinces, à l’aube du XXIe siècle.