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Si le grain ne meurt

Parution
19/05/1972
Valeur d’échange
2 points

Résumé

Confession d'inspiration rousseauiste, achevée en 1919 et dont Gide a retardé la publication jusqu'en 1925.

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Avis de museolive

André Gide (1869-1951) fut un des grands intellectuels engagés de l'entre-deux-guerres, après Zola et Barrès, mais avant Sartre, Camus et Aron. Personnage à l'intelligence puissante et à la culture abyssale, il est partagé dans son oeuvre entre la rigueur morale inspirée par son éducation religieuse très stricte, et la liberté sous toutes ses formes qui naîtra en lui au long de sa vie. Il proclamera son homosexualité, soit sous la forme d'une liberté, soit sous la forme du scandale, ce que lui reprochera toute sa vie le conservateur catholique Paul Claudel ; chaque livre de Gide faisait trembler une grande partie du Paris cultivé du début du 20e siècle lors de l'annonce de leur publication, qui redoutait les récits sulfureux, voire iconoclaste ou pornographique. "Si le grain ne meurt" sera de ces livres. Il s'agit de l'autobiographie des vingt-six premières années de la vie de Gide, où il raconte notamment ses premiers émois homosexuels pédéraste en Algérie. Publié en 1924, ce livre comporte deux parties : la première où il dépeint certains éléments de son enfance (sa famille, ses précepteurs, sa fréquentation dilettante de l'école alsacienne, les débuts de sa passion pour sa cousine Madeleine et de son amitié pour Pierre Louÿs, ses premières expériences d'écriture) ; la deuxième, qui révoltera les écrivains et critiques littéraires conservateurs après la publication du livre, il raconte de façon détaillée ses découvertes du désir charnel et de l'homosexualité. Dans ce livre, et comme on le découvrira dans ses correspondances, Gide veut être le plus franc possible, il ne veut pas tricher vis-à-vis des autres, mais surtout pour lui, dans le souci de lever le masque sur ses désirs et ses penchants. À un courrier que Claudel lui fera parvenir suite à la publication des "Caves du Vatican", autre récit gidien antidéterministe, afin de le sermonner tout en lui assurant qu'il peut encore racheter ses pêchés, Gide répond : "[...] Je n'ai pas choisi d'être ainsi. Je puis lutter contre mes désirs ; je peux triompher d'eux, je ne peux ni choisir l'objet de ces désirs, ni m'en inventer d'autres, sur ordre ou par imitation." On ne peut pas dire que cette autobiographie brille forcément par sa moralité (notamment les croustillants détails des pratiques pédérastiques... encore que l'on ne va pas trop jouer les mijaurées, à l'époque où l'on vit !), mais elle a eu le mérite de briser de gros tabous chrétiens, imposés par le clergé, en exaltant les plaisirs des sens et du corps et la libération sexuelle (quarante ans avant mai 1968!) Son côté scandaleux s'étant un peu dissipé avec les années, ce récit peut être vu aujourd'hui, comme "La Philosophie dans le Boudoir" de Sade, comme un livre de découverte de la sensualité et des plaisirs charnels, en les dépénalisant (ce qui peut encore être le cas à l'époque où l'on vit... 2000 ans de chrétienté obligent !), à lire aux alentours de la majorité, un peu plus nuancé dans sa composition et par la nature même du support, qu'un site internet pornographique ! Il respecte en tout cas un peu plus la nature humaine, dirons-nous...