Avis de museolive
Les Larmes d'Eros est le dernier livre de Georges Bataille : il mourra un an après sa publication. Sa composition sera d'ailleurs laborieuse, une maladie cérébrale le minant fortement. Mais ce dernier livre reste animé par une énergie puissante et un regard originale sur l'histoire universelle de l'humanité, sous l'angle de la représentation picturale. Il s'intéresse d'ailleurs plus étroitement à la peinture depuis ses travaux sur l'oeuvre de Manet, et les peintures rupestres de Lascaux, ouvrages publiés chez Skira dans les années 1950. Les vues de Bataille sur le passé humain sont stimulantes, toujours considérées dans l'opposition entre érotisme (Eros) et mort (Thanatos), ou plutôt conscience de la mort. L'un et l'autre sont, pour lui, extrémement proches, dans le fort intérieur de l'humanité : en effet, la mise en scène de la sexualité qu'est l'érotisme est proche de la mise en scène de la mort (d'autrui) qu'est l'enterrement du cadavre. Depuis les hommes de la Préhistoire, conscience de vie (en tant que perpétuation) et conscience de mort vont ensemble. D'ailleurs, les tabous de la mort et ceux liés à la sexualité sont frappés d'interdits et de non-dits. Profaner la mort, n'est-ce pas profaner la vie elle-même, et ce qui lui donne sa dignité : dès l'homme de la Préhistoire, ne pas respecter la mort revenait à ne pas respecter la vie. Puis l'homme s'est affirmé dans son humanité dès lors qu'il a déterminé des fins à ses actions : la fabrication d'outils est devenue travail à proprement parler lorsque l'homme est devenu conscient que cela était fait dans un but précis : fabriquer d'autres outils, fabriquer des poteries, chasser, pêcher, cueillir... modéliser un but nécessitait une capacité de représentation. De la même façon, la sexualité répondant à la pulsion et à l'instinct de reproduction se sont transformés en "érotisme" dès lors que plaisir et volupté ont été dissociés de l'acte de reproduction.
Le travail comme l'érotisme sont devenus consubstantiels à l'homme, en ce sens qu'ils sont la recherche consciente d'une fin. Ils fondent l'humanité.
En revanche, Georges Bataille nous précise qu'ils différent en ce sens que le travail tend vers l'acquisition, l'accroissement, tandis que l'érotisme se donne pour fin la perte, la dilapidation. En d'autres termes, le travail est utile, alors que l'érotisme est inutile. L'érotisme relève du jeu, comme de l'art (qui ne sont pas utiles, mais ô combien indispensables !)
Avec ces créations fondamentales, l'être humain s'est extirpé de l'animalité, par sa capacité de représentation mentale, qui a donc permis : la conscience de la mort et la mise en scène de l'inhumation ou de la crémation, à l'origine des religions et de la métaphysique ; puis le développement du travail, qui a évolué vers les techniques et la technologie ; enfin l'érotisme, libéré de l'instinct de reproduction, dont a pu découler l'art.
C'est aux alentours d'il y a 10 000 ans, selon les régions, que les premières sociétés humaines institutionnalisèrent, pourrait-on dire, ces trois acquis de la Préhistoire, qui fondaient du même coup l'humanité historique. La conscience de la mort, le travail et l'érotisme voyaient apparaître une notion supplémentaire et inévitable à l'organisation de ces trois sphères inhérentes à toutes les sociétés : le pouvoir, et sa violence symbolique.
Si le travail est utile, il est plus à considérer comme bénéfique, et, donc, autorisé. En revanche, la mort est frappée de non-dits et mis en marge de la société, tandis que la sexualité et l'érotisme doivent être cachés ou contrôlés : ils sont progressivament frappés du sceau du "sacré". Les interdits qui en découlent procurent de la valeur à ce qu'ils frappent : mieux, ils poussent à la transgression.
Georges Bataille précise à quel point la sédentarité lentement imposée à partir du Mésolithique a eu pour effet de déclencher des tensions entre les groupes humains, tensions culminant en guerres, l'esclavage découlant des guerres et son pendant sexuel : la prostitution.
A l'angoisse de la mort et de la sexualité, inévitable et propre à toutes les sociétés humaines, les religions sont venues apporter des solutions. En ce qui concerne l'érotisme, plus précisément, les sociétés humaines sont progressivement passées de pratiques collectives et ritualisées à des pratiques individuelles et condamnées. Les pratiques collectives les plus connues sont les Dionysiaques des Grecs anciens, sous le haut-patronage de Dionysos, et celles postérieures des Romains, les bacchanales, notamment représentées sur les murs de la villa des Mystères de Pompéï. L'orgie, l'ivresse, le sexualité débridée en étaient les principes ; la licence la clé ; le désordre et l'inversion la règle. Bien que souvent violentes, la mort en était rarement l'issue : plutôt l'épuisement des forces vitales et la retombée de l'énergie. Georges Bataille postule que les rassemblements satanistes contemporaines ont pu être des suites secrètes à ces orgies antiques.
Toujours est-il que le christiniasme a incarné défintivement la condamnation et la relégation de l'érotisme au sale et à l'anathème. La condamantion de la nudité des corps en fut un pendant logique, en sus des condamnations de la volupté et de la sexualité. Le christianisme valorisa du même coup le travail, qui ne l'était pas durant l'Antiquité (le travail physique étant assuré dans l'Antiquité par les esclaves) : le monde utile du travail fut valorisé, pour mieux condamner le monde inutile et pervers de l'érotisme, pour mieux orienter l'érotisme en sexualité reproductive, faisant paradoxalement d'un acte sale, une fin utile. D'où le lavage de la salissure originelle par le baptême.
Le résumé est un peu court pour apprécier tout le dévreloppement de cet intellectuel atypique et polygraphe, qui avait pour projet de ne rien laisser en dehors de la pensée, en tendant que vers "l'extrême du possible" : chacun trouvera, dans ce livre court et dynamique, du grain à moudre.
Le travail comme l'érotisme sont devenus consubstantiels à l'homme, en ce sens qu'ils sont la recherche consciente d'une fin. Ils fondent l'humanité.
En revanche, Georges Bataille nous précise qu'ils différent en ce sens que le travail tend vers l'acquisition, l'accroissement, tandis que l'érotisme se donne pour fin la perte, la dilapidation. En d'autres termes, le travail est utile, alors que l'érotisme est inutile. L'érotisme relève du jeu, comme de l'art (qui ne sont pas utiles, mais ô combien indispensables !)
Avec ces créations fondamentales, l'être humain s'est extirpé de l'animalité, par sa capacité de représentation mentale, qui a donc permis : la conscience de la mort et la mise en scène de l'inhumation ou de la crémation, à l'origine des religions et de la métaphysique ; puis le développement du travail, qui a évolué vers les techniques et la technologie ; enfin l'érotisme, libéré de l'instinct de reproduction, dont a pu découler l'art.
C'est aux alentours d'il y a 10 000 ans, selon les régions, que les premières sociétés humaines institutionnalisèrent, pourrait-on dire, ces trois acquis de la Préhistoire, qui fondaient du même coup l'humanité historique. La conscience de la mort, le travail et l'érotisme voyaient apparaître une notion supplémentaire et inévitable à l'organisation de ces trois sphères inhérentes à toutes les sociétés : le pouvoir, et sa violence symbolique.
Si le travail est utile, il est plus à considérer comme bénéfique, et, donc, autorisé. En revanche, la mort est frappée de non-dits et mis en marge de la société, tandis que la sexualité et l'érotisme doivent être cachés ou contrôlés : ils sont progressivament frappés du sceau du "sacré". Les interdits qui en découlent procurent de la valeur à ce qu'ils frappent : mieux, ils poussent à la transgression.
Georges Bataille précise à quel point la sédentarité lentement imposée à partir du Mésolithique a eu pour effet de déclencher des tensions entre les groupes humains, tensions culminant en guerres, l'esclavage découlant des guerres et son pendant sexuel : la prostitution.
A l'angoisse de la mort et de la sexualité, inévitable et propre à toutes les sociétés humaines, les religions sont venues apporter des solutions. En ce qui concerne l'érotisme, plus précisément, les sociétés humaines sont progressivement passées de pratiques collectives et ritualisées à des pratiques individuelles et condamnées. Les pratiques collectives les plus connues sont les Dionysiaques des Grecs anciens, sous le haut-patronage de Dionysos, et celles postérieures des Romains, les bacchanales, notamment représentées sur les murs de la villa des Mystères de Pompéï. L'orgie, l'ivresse, le sexualité débridée en étaient les principes ; la licence la clé ; le désordre et l'inversion la règle. Bien que souvent violentes, la mort en était rarement l'issue : plutôt l'épuisement des forces vitales et la retombée de l'énergie. Georges Bataille postule que les rassemblements satanistes contemporaines ont pu être des suites secrètes à ces orgies antiques.
Toujours est-il que le christiniasme a incarné défintivement la condamnation et la relégation de l'érotisme au sale et à l'anathème. La condamantion de la nudité des corps en fut un pendant logique, en sus des condamnations de la volupté et de la sexualité. Le christianisme valorisa du même coup le travail, qui ne l'était pas durant l'Antiquité (le travail physique étant assuré dans l'Antiquité par les esclaves) : le monde utile du travail fut valorisé, pour mieux condamner le monde inutile et pervers de l'érotisme, pour mieux orienter l'érotisme en sexualité reproductive, faisant paradoxalement d'un acte sale, une fin utile. D'où le lavage de la salissure originelle par le baptême.
Le résumé est un peu court pour apprécier tout le dévreloppement de cet intellectuel atypique et polygraphe, qui avait pour projet de ne rien laisser en dehors de la pensée, en tendant que vers "l'extrême du possible" : chacun trouvera, dans ce livre court et dynamique, du grain à moudre.





